Et voilà. Ca y est. Je l'ai fini. Le marathon de Paris. Oui Madame. Et même que c'était vachement bien.
Mais quand même, on a beau savoir qu'on va courir un marathon, il faut du temps pour intégrer l'idée. Pour ma part, ça s'est fait en deux temps :
- quand j'ai vu la la tracé dudit marathon :
Oh. Putain. de. Merde. Dans quoi est-ce que je me suis embarquée.
- le Jour J, à l'arrivée sur les Champs Elysées :
On avait tout préparé la veille (surtout ne rien oublier, surtout ne rien oublier) : les vêtements de course, les vêtements chauds en attendant le départ, le dossard, les pansements anti ampoules, l'ibuprofen en cas de problème, la montre GPS, la musique, l'appareil photo, dîner de pâtes avec les copains du marathon. Bon, tout y est. 22h, dodo.
Debout 6h le lendemain pour prendre le petit dèj suffisamment longtemps avant la course, puis départ vers les Champs où on retrouve notre groupe (principalement des anglais, qui viennent courir le marathon de Paris tous les ans. On les a rencontré sur le forum de RunnersWorld). On se change, on prépare les sacs à mettre à la consigne, on retrouve les personnes avec qui on va courir la course, et l'obligatoire photo de groupe.
Les groupes se séparent, chacun prend la direction de son sas en fonction de son objectif de temps de course. Je prends la direction de mon sas (4h30 et plus) accompagnée de Duncan, Emmy et Sal, qui ont le même objectif temps que moi. Sur la ligne de départ, tout devant il y a les les sportifs handisports, les premiers à partir, puis les élites, qui finissent la course en environ 2h06. Puis les coureurs sont divisés en sas, de objectif 3h à objectif 5h30. Chaque sas par avec 10 à 15 min d'écart. Ce qui fait que les élites partent à 8h45, mais que mon groupe ne part pas avant 9h48. Et malgré le soleil, il fait froid. Super froid. Heureusement, on a prévu, et on est allé acheter des vêtements chauds d'occas chez Emmaus il y a quelques jours et qu'on pourra laisser derrière nous au moment du départ.
Notre sas, le dernier, est plein. Les coureurs se tiennent chaud en trottinant, sautant sur place, dansant et chantant nos bons vieux tubes français des années 80... Nous sommes assez loin de la ligne de départ mais nous entendons la rumeur du départ des premiers coureurs. L'excitation monte, malgré mon manque d'enthousiasme évident de ces dernières semaines, je suis impatiente. On avance petit à petit, enjambant les tas de vêtements que les coureurs devant nous ont laissé au moment du départ. La foule des spectateurs sur les cotés est dense. Ils viennent encourager leurs proches et admirer le départ du deuxième plus grand marathon au monde après celui de New York (c'est officiel depuis cette année, Paris a battu des records et les 42,000 coureurs au départ l'ont propulsé de la 5ème à la seconde place) Nous arrivons finalement sur la ligne de départ, un peu avant 10h. C'est parti.
Descente des Champs Elysées (en descente donc sympa), puis le long de la rue de Rivoli. Nous démarrons lentement pour conserver nos forces. Les autres coureurs autour de nous en font autant. Il y a de tous les genres, de tous les âges. De nombreux coureurs portent des t-shirts pour une cause qu'ils soutiennent, certains sont déguisés (y'en a même un qui porte une mini tour eiffel - d'environ 2m quand même !), et certains courent en équipes ou poussent des fauteuils roulants. L'ambiance est extrêmement chaleureuse, tout le monde est content d'être là, ça discute, ça s'encourage, ça se soutient. Louvres. Chatelet. Hôtel de Ville. Kilomètre 5, nous arrivons à la Bastille, premier ravitaillement. La foule est dense (parfois trop et empiète un peu sur l'espace de course...). Le public nous acclame (Allez Allez!), et beaucoup portent des pancartes avec des messages personnels ("Papa t'es le plus fort"), d'encouragement, ou d'un tout autre genre ("courez comme si vous étiez tout nu" !...). Les pompiers également sont présents tout le long de la course, en rang d'oignon le long du parcours, ou carrément montés sur les échelles de leurs camions.
Nous descendons la rue du faubourg Saint Antoine puis la rue de Reuilly où nous attend le groupe de non-coureurs du forum de RunnersWorld. Premier stop, on prend des nouvelles des coureurs qui sont devant, on pose pour la photo et on repart. Avenue Daumesnil. Ca monte un peu, mais on a encore plein d'énergie alors ça ne nous pose pas trop de problème. Porte Dorée, on entre dans le Bois de Vincennes. On court toujours à une allure plutôt relax et mes jambes semblent pour le moment tenir le coup. Nous continuons sur l'avenue Daumesnil en longeant l'extérieur du bois bordé de pavillons tout du long. Kilomètre 10, deuxième ravitaillement, je m'arrête une minute pour prendre une bouteille d'eau. On repart. Les jambes vont toujours bien, je suis toujours motivée et la compagnie de mes camarades du forum est d'une aide précieuse : on bavarde, on échange commentaires et sensations et ça fait passer le temps beaucoup plus vite. On débouche sur le chateau de Vincennes, magnifique. Grand soleil, l'air commence à se réchauffer, des groupes de musique sont présents tout le long du parcours. C'est comme une grande fête. Au pas de course.
Ravitaillement, on s'arrête quelques minutes, je m'offre un morceau de banane et un quartier d'orange histoire de prendre des vitamines. Nous sortons du Bois de Vincennes au kilomètre 19 et rentrons à nouveau dans Paris par la porte de Charenton. Nous remontons la rue de Charenton et l'avenue Daumesnil. Toujours beaucoup de public et de groupes de musique mais cette partie là me parait tout à coup très longue. On a pas changé de rythme mais j'ai l'impression que ça n'avance pas. En plus mon genou commence à tirer un peu. Des immeubles qui se ressemblent, des croisements, des feux, des montées. J'en garde un souvenir assez flou. Nous longeons la voie verte et là mon genou commence à me faire mal. Heureusement, j'avais prévu le coup : je prends un ibuprofen (en plus des deux que j'ai pris juste avant le départ de la course). Nous arrivons enfin à la Bastille. Ravitaillement, une banane pour faire passer l'ibuprofen.
Nous descendons sur les voies sur berges. L'ibuprofen fait un peu d'effet, ça va déjà mieux. En plus c'est assez magique de courir le long de la Seine, malgré les tunnels qui semblent plomber le moral de tout le monde, surtout le premier tunnel, qui n'en fini pas. Heureusement on fini par arriver au bout et nous voilà de retour au soleil. Les spectateurs se massent sur les ponts au dessus de nous et nous crient des messages d'encouragement. Mes camarades ont aussi des bobos alors nous nous arrêtons pour marcher plus régulièrement. Autour de nous, d'autres coureurs commencent également à ralentir la cadence. Certains s'arrêtent même, mais jamais pour longtemps car il y a toujours un autre coureur pour les prendre par la taille et les motiver à repartir.
Kilomètre 26, devant le Musée d'Orsay. Je peine un peu. Rien d'étonnant. Lors de notre entrainement super court (pour des raisons de blessure et de sérieuse démotivation, nous n'avons pris que 6 semaines de préparation, alors qu'il en faudrait 12 à 16), ma sortie la plus longue a été de 24km. Je n'ai donc jamais couru aussi loin. De ma vie. Mes jambes me font donc comprendre que je pousse un peu. Mais je me remotive. Je me rappelle mes premiers pas de coureuse il y a 3 ans, quand je ne pouvais pas arriver au bout d'un seul kilomètre. Ca me donne toujours un regain d'énergie. Les spectateurs aussi, surtout la dame avec sa pancarte "Attendez... Vous avez payé pour faire ça ???" :-)
On continue le long du Quai Branly, avec une magnifique vue de la Tour Eiffel. Malheureusement les tunnels avec leurs descentes / montées, empirent les bobos de mes camarades, qui décident de marcher plus que de courir. Nous nous séparons donc, vers le kilomètre 29, et je continue seule (moi et 39,999 autres coureurs...). Je monte le son de mon ipod. Reprend une banane au ravitaillement du Trocadéro. C'est reparti. Avenue du Président Kennedy. Maison de la Radio. Ca va toujours, même si mon genou et ma hanche me font un peu mal. Je marche de temps en temps, puis je repars. De plus en plus de coureurs ralentissent et marchent. Nous bifurquons à travers le 16ème direction Porte d'Auteuil où nous rentrons dans le bois de Boulogne. Je commence à fatiguer, mais le moral est bon, je persévère.
Kilomètre 35, puis 36. Aie. Ca commence à devenir vraiment dur. Je rencontre ce que les coureurs appellent communément "le Mur". C'est presque comme un mur physique. Les jambes pèsent une tonne, chaque pas est une bataille. Je ne vois plus vraiment ce qui se passe autour de moi, je suis complètement absorbée par cette bataille interne contre le mur. J'ai lu hier soir dans un magazine que sur un marathon, la course commence au kilomètre 35. Je confirme. Mon genou me fait vraiment mal. Je reprends un ibuprofen. Je continue pendant 2 km, alternant course et marche. Puis le mur s'effondre. Je vais pas vous mentir, je ne suis pas fraîche et dispose comme au moment du départ, mais courir n'est plus une bataille de tous les instants. En revanche mon genou me fait de plus en plus mal. L'ibuprofen fait peu d'effet. Je termine les kilomètres suivants en alternant marche et footing (on peut plus vraiment parler de course). Autour de moi c'est l'hécatombe. Une grande partie des coureurs marchent. Certains sont assis sur le trottoir et se massent les jambes. Les problèmes de genoux et de chevilles semblent être plus que communs et nombreux sont les coureurs qui boitent à ce stade de la course.
Kilomètre 40. Plus que deux. C'est presque fini, je n'en reviens pas d'être allée aussi loin. Et à part mon genou, je ne me sens pas si mal que je l'imaginais. Je dépasse même le coureur à la Tour Eiffel (qui est parti en tout premier), et qui semble vraiment en chier. Kilomètre 41. Je reprends la course, je veux finir en courant. La foule s'épaissit, les acclamations sont fortes, les émotions aussi. Je suis presque arrivée ! Je remonte l'avenue Foch en allant aussi vite que je peux (et croyez moi, c'est pas fulgurant) et fini mon premier marathon en 5:07:28 ! Passé la ligne d'arrivée, je m'arrête quelques instants pour regarder la longue succession des coureurs qui passent la ligne, affichant bonheur, soulagement, douleur et parfois tout ça en même temps.
Je me dirige vers les consignes pour récupérer mon sac, sur un petit nuage. Je pensais terminer en rampant et je suis toujours debout, et je marche même ! Je suis super fière et aussi soulagée d'avoir fini !
Je retrouve mon chéri, qui est super content lui aussi : premier marathon depuis 12 ans, et son meilleur temps 3:58:29, en dessous de 4h, comme il le souhaitait.
Nous mangeons un morceau avant de rentrer à la maison pour une douche et un repos bien mérité avant de retrouver le soir nos amis au Pub pour célébrer tout ça autour d'un verre.
Les jours suivants seront un peu moins glorieux et beaucoup moins actifs, et nous reprenons une vie normale à partir du mercredi suivant seulement.
Aujourd'hui, une semaine après, je dois dire que je ne me rappelle de cette journée que les bons cotés : la solidarité, l'ambiance, le dépassement de soi, le sentiment d'accomplissement en franchissant la ligne d'arrivée. Je note aussi que si j'étais complètement démotivé et même un peu dégoutée par la course à pied avant la marathon, maintenant je suis plus motivée que jamais et il me tarde de reprendre l'entraiment pour le Marine Corps Marathon à Washington le 27 octobre prochain ! Si c'est pendant vos vacances, venez nous encourager... ;-)

















