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Monday, August 30, 2010

Quel gachis


Vous avez tous plus ou moins entendu parler du fait que le poisson en général est surpêché, et certaines espèces même à deux doigts de disparaître (le thon rouge par exemple, ou les requins, dont je parlais il y a quelques temps). Certains d’entre vous ont même peut être été jusqu’à regarder sur internet pour trouver quelles sont ces espèces et éviter de les acheter... Malheuresement, comme je vous l’expliquais pour les requins il y a quelques semaines, la méthode de pêche en elle-même est parfois un danger pour certaines espèces qui ne sont même pas les espèces ciblées. C’est le cas de la pêche à la crevette, dont les trois quarts de ce que nous mangeons provient de la pêche en haute mer. Les crevettes sont très prolifiques et ne sont pas menacées; le problème provient de la méthode de pêche, le chalutage de fond.

Dans le chalutage de fond, le chalutier tire derrière lui un énorme filet, qui est lesté et qui racle donc le fond, ramenant avec lui toutes sortes de poissons, requins, tortues, mais aussi les algues et les coraux. Après le passage d’un chalutier de fond, il ne reste plus rien. Lorsque la prise est remontée à bord, commence le tri : pour chaque kilo de crevette, en moyenne 5 kilos de poisson non désiré est rejeté par dessus bord, le plus souvent mort. Dans certaines régions, les rejets peuvent atteindre 14 kilos ! 

Et l’élevage me direz-vous ? Malheureusement la crevetticulture (oui oui, je vous jure) est source d’une extrème pollution. Principalement trouvées en Asie (on en voit plein en Thailande) et en Amérique Latine, les fermes de crevettes sont de grands étangs qui ont été créés en déboisant les forêts humides (mangroves). Le quart des mangroves ont été détruits lors de la dernière décennie en majeure partie à cause de l’élevage de crevettes. En plus de détruire des milieux naturels, ces étangs créent une intense pollution des sols, qui ne peuvent en général être utilisés que pour quelques années (en moyenne 4 à 5 ans) avant de devoir être abandonnés à cause des niveaux de nitrate très élevés.

Bref la crevette est donc à éviter absolument tant que leur pêche se fera par chalut de fond, et voilà une nourriture de plus sur ma liste des aliments à éviter... Mais bon, si je me rappelle bien, c’est même pas bon les crevettes, hein ?


Si ca vous interesse voici un document de Greenpeace qui explique les différents types de pêche et qui liste les espèces à éviter http://www.greenpeace.org/raw/content/france/presse/dossiers-documents/peches-conduites-dangereuses.pdf.

Friday, April 23, 2010

Les Seigneurs de la Mer - Sharkwater


Comme j’en parlais dans un précédent post, la disparition des requins est un sujet qui touchent en général beaucoup les plongeurs. Rick et moi ne sommes pas en reste. Les gens se mobilisent pour sauver les pandas (trooooop mignons) ou les dauphins (trooooop intelligents), mais tout le monde se fout des requins. Or c’est un fait, les requins sont en train de disparaître de la planète. Sur les 50 dernières années, nous avons déjà détruit 90% de la population de requins mondiale. Depuis 400 millions d’années sur la planète, ils ont survécu à tous les désastres, toutes les catastrophes. Mais depuis 50 ans, ils disparaissent. Pourquoi ? Essentiellement parce que que quelqu’un, à un certain moment, a cru bon de vanter la soupe d’aileron de requin comme cure contre presque tout. Depuis c’est la poule aux oeufs d’or. En effet, un bol de soupe d’aileron de requin se vend entre 50 et 400 US dollars. Les chinois en particulier en sont de grands amateurs, et en servir à un dîner est une grande marque de prestige. Ceci en dépit du fait que l’aileron de requin n’a aucun goût, ni aucun valeur nutritionnelle. Juste  une vieille superstition qui dit que ca fortifie, et rend les mâles plus mâles. Un peu comme les défenses d’éléphants en somme.

Les biologistes marins et spécialistes du requin estiment que 100 millions de requins sont tués tous les ans pour leurs ailerons. Déjà, 18 espèces de requins ont été ajoutés à la liste des animaux en danger par la UICN (Union mondiale pour la nature ou Union internationale pour la conservation de la nature) et certains spécialistes estiment que d’ici une décennie, la plupart des espèces de requins auront disparu.


Mais la pèche aux requins ne détruit pas uniquement la population de requins. L’une des techniques de pêche les plus populaires est celle des filets dérivants. Le principe est le suivant : les pêcheurs placent une ligne à la surface, soutenue pas des flotteurs. La ligne peut faire de plusieurs mètres à plusieurs kilomètres de long. Tous les 30 mètres, une ligne verticale d’environ 5 mètres y est attachée, au bout de laquelle pend un hamecon présentant du poisson, calamar, parfois de la chair de dauphin (ceux qui sont pêchés par erreur). Ces filets dérivants ont par le passé été appelées “rideaux de la mort” car ils attrapent toute créature vivante qui a le malheur de mordre à l’hamecon. Elles attrapent non seulement l’animal qui en est la cible (le plus souvent requins, thon et espadon), mais également des espèces de requins en danger, des tortues luth (leatherback turtle - la plus grande espèce de tortue marine et aujourd’hui protégée car en voie d’extinction), mais également des oiseaux marins, notament les albatros. Plus de 25% de ce qui est pêché par les filets dérivants est rejeté à la mer, généralement morts.

Une fois le requin pêché commence le prélèvement des ailerons ou finning en anglais. L’aileron dorsal et les ailerons latéraux sont découpés, la plupart du temps sur le requin encore vivant. Le requin est ensuite rejeté à la mer; incapable de nager sans ses ailerons, le requin coule lentement vers le fond où il mourra d’asphixie, de faim, ou dévoré par d’autres poissons. Le prélèvement se déroule directement en mer donc les pêcheurs n’ont plus que les ailerons à transporter. La viande de requin a peu de valeur et ne vaut donc pas la peine pour les pêcheurs d’être rapportée au marché. Tous les requins pris sont découpés, quels que soient leur taille, âge ou espèce.

Cette facon de pêcher à un énorme impact environnemental : l’énorme quantité de requins pêchés, et l’absence de sélection attaque la population de requin plus rapidement que celle-ci ne peut se reproduire. Chaque année, 8000 tonnes d’ailerons de requins sont récoltés et traités afin d’être utilisés pour la soupe. Les ailerons cependant ne représentent que 4% du poids total du requin. Cela signifie que chaque année, 200,000 tonnes de viande de requin est rejetée à l’eau et gachée.

Le finning est contraire au code de conduite pour une pêche responsable instauré par l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), http://ressources.ciheam.org/om/pdf/c43/99600267.pdf. Le finning est également contraire au plan d’action international pour la conservation et la gestion des requins de la FAO, http://www.fao.org/docrep/006/x3170f/x3170f03.htm. Selon la FAO, la pêche illicite est en recrudescence partout. Un nombre grandissant de pêcheurs n’hésitent pas à contourner les règles de plus en plus strictes mises en place pour remédier à la baisse des stocks de poissons. « La situation est particulièrement grave puisque près de 75 % des pêcheries mondiales sont déjà pleinement exploitées, surexploitées ou appauvries », indique un rapport débattu par la conférence de la FAO. Ce rapport précise que des pêcheurs sans scrupules opèrent dans des zones où la pêche n’est pas autorisée ou emploient des techniques interdites, des types de filets illégaux (comme les filets dérivants). Certains pêcheurs trichent en minimisant leurs prises ou en omettant de les communiquer. Des informations font état de captures d’espèces de haute valeur commerciale pouvant dépasser de plus de 300 % les contingents autorisés. L’industrie de la pêche mondiale est une gigantesque braconnerie. A qui profite les énormes revenus générés par la pêche aux ailerons ? Pas aux pêcheurs eux même, mais à l’énorme mafia qui gère tout ce traffic. Les revenus générés ne sont rivalisés que par ceux de l’industrie illégale de la drogue. Pour référence, un aileron de requin baleine se négocie jusqu’à 10.000 dollars...

J’entends déjà certains d’entre vous dirent “qu’est-ce que ca peut faire, les requins sont des mangeurs d’homme de toute facon, ils n’ont que ce qu’ils méritent...”. Mais là, ce n’est pas tout à fait vrai. Les dents de la mer ont fait de gros dégâts pour la réputation du requin. Parmi les plus de 400 espèces de requins différentes, seulement 3 ou 4 sont reconnues agressives ou potentiellement dangereuses pour l’homme. Chaque année, entre 10 à 15 personnes meurrent des suites d’une attaque de requin. Il est en fait plus dangereux de jouer au golf que de nager avec des requins dans la mer. Plus de golfeurs meurrent chaque année frappés par la foudre que de personnes ne ont tuées par des requins. Même les abeilles sont plus mortelles...

Entre 1990 et 2008, une moyenne de 56 attaques ont été déclarées à travers le monde. Si l’on compte celles qui ne sont pas déclarées, on peut probablement compter entre 75 et 100 attaques par an, dont 10 à 15 sont fatales. Aux Etats Unis en 2000, 23 “attaques” (sans blessures mortelles) ont été déclarées sur les 264 millions de personnes qui sont entrées dans l’eau dans les 68 Etats surveillés par l’associations de maîtres nageurs des US. Par comparaison, sur les mêmes plages à la même période 132 personnes sont mortes de noyade. Je vous rappelle que l’industrie de la pêche tue en moyenne 100 millons de requin ar an... Alors qui est le prédateur de qui exactement ?

Avec 90% de sa population mondiale déjà décimmée, le requin disparaît beaucoup plus vite qu’il ne peut se reproduire. Contrairement aux autres poissons, les requins ne produisent pas des milliers d’oeufs. La plupart des requins ont besoin de près de quinze pour arriver à maturité et pouvoir se reproduire à son tour, en portant un bébé par an. Avec un taux de reproduction si lent, il est possible que leur population ne recouvre jamais les dégâts que nous leur avons déjà infligés. 

En plus d’être des animaux très intelligents (ils ont survécus là où les dinosaures ont disparus), ils sont également essentiels à l’équilibre de notre planète, et, à terme, à notre survie. Leur disparition met en danger la stabilité des ecosystèmes marins dans le monde entier. Les requins sont des prédateurs esssentiels de la chaîne alimentaire. En effet, ils se nourrisent des poissons les plus larges, du type perroquets, et parfois tortues. Devant la diminution du nombre de leur prédateur naturel, le nombre de ceux-ci augmente. Ces poissons se nourissent essentiellement de corail. A terme, le nombre trop grand des ces poissons représentera une menace très lourde sur le corail. D’autres poissons se nourrissent d’algues marines. Sans les requins, plus de poissons, moins d’algues, et peut être un jour plus d’algues du tout. Petit problème, ces algues produisent près de 80% de l’oxygène que nous respirons... Enfin, les requins sont les nettoyeurs des mers, un de leur rôle principal est d’éliminer les individus malades ou génétiquement innapropriés pour ne laisser que les plus sains et aider à stabiliser la population de poissons. Leur disparition pourrait donc avoir des conséquences catastrophiques. Mais tout le monde s’en fout et les chinois continuent a bouffer leur soupe d’aileron de requin insipide, pendant que les chefs du traffic s’en foutent plein les poches. Alors s’il vous plait, si un jour vous partez en voyage en Asie, boycottez la soupe d’ailerons de requins  et cessez d’avoir peur d’eux ! J’ai fait de nombreuses plongées avec les requins et ce sont des créatures majestueuses, intelligentes et non agressives pourvu qu’on ne les agresse pas (ou qu’on ne les nourrisse, mais ca c’est encore une autre histoire).

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter les liens suivants (en anglais) :


ou aller voir le film Les Seigneurs de la Mer.