Certains d'entre vous ont peut être remarqué que mon régime alimentaire avait changé depuis mon départ de France il y a 10 ans. En effet de résolument carnivore et accroc aux plats cuisinés, je suis devenue sensible au régime végétarien, accroc au bio absolument réfractaire aux plats cuisinés... J'évite souvent d'aborder le sujet pour éviter d'être taxée de prosélytisme, mais je me suis dis qu'une petite explication s'imposait...
Tout d'abord la viande. Comme beaucoup d'entre nous, je mangeais de la viande tous les jours deux fois par jour, voire trois fois les jours de petit dej à l'anglaise avec oeufs au bacon. Désormais, j'essaie de n'en manger qu'une à deux fois par semaine, et exclusivement de la viande bio. Je ne vais pas m'éterniser trop longtemps sur la partie "bien être animal" qui est évidemment une de mes raisons et que tout le monde connait mais que personne ne veut entendre. Je vous passerai donc les histoires d'horreur sur la façon dont les animaux sont traités et abattus, mais je voulais quand même faire une remarque. L'industrie agroalimentaire de la viande, en plus de réaliser l'exploit de produire suffisamment de viande pour nourrir XXX millions d'occidentaux qui mangent de la viande midi et soir à un prix défiant toute concurrence, a surtout réussi à nous faire oublier que nous mangeons des animaux. En effet désormais quand on achète nos tranches de jambon, on achète plus du cochon. Le jambon est devenu un produit au même titre que la crème anti-ride et on a complètement oublié l'animal dont le jambon est issu. Et si par malheur on s'en souvenait, l'emballage brillant et orné d'une belle photo de la ferme idéale nous le fera oublier bien vite...
La façon dont on traite les animaux n'est pas malheureusement le seul problème dans cette industrie. Les humains ne sont pas tellement mieux traités. En effet, le travail en abattoir et en usine d'emballage de la viande est l'un des emplois les plus dangereux. Les employés travaillent à la chaine et répètent toute la journée le même geste. Quoi de dangereux là dedans me direz-vous ? Ils sont armés de couteaux et de hachoirs. Et ils sont poussés à augmenter la cadence autant que possible. Les accidents sont très courants, et souvent graves. Le taux de dépression est également très élevé en partie à cause de la violence quotidienne dont ils sont témoins. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, ils sont souvent mal payés car travaillant illégalement. C'est très souvent le cas aux Etats Unis où les entreprises utilisent des sud-américains entrés dans le pays illégalement et qu'ils paient à moindre coût, mais aussi, comme je viens de l'apprendre, en Allemagne, d'où la majeure partie de la production européenne de porc provient. L'Allemagne n'a en effet pas de salaire minimum, et s'ils ne sont pas illégaux, les salariés de ces entreprises, souvent des immigrés venant de pays de l'est, sont payés 3 à 3.5€ de l'heure.
Vient ensuite le problème de la santé. On a tous en mémoire la crise de la vache folle, la grippe aviaire et autres catastrophes alimentaires qui semblent être de plus en plus courantes. Au delà de ces cas extrèmes, il existe des problèmes moins graves mais beaucoup plus courants. Tout d'abord comme l'ont montrés de récentes affaires, l'hygiène dans les abattoirs est souvent douteuse. Je ne vais pas rentrer dans les détails, je remets juste un extrait d'un article paru dans le point en 2008 (la situation n'a malheureusement pas vraiment évolué depuis...) : "Un quart de la viande que nous avalons est issue d’abattoirs qui ne respectent pas les règles d’hygiène européennes. C’est le constat qui ressort d’une note de service de la Direction générale de l’alimentation (DGAl), datée du 21 novembre 2007. Selon ce document à usage interne que Le Point a pu se procurer, 42 % des établissements où l’on abat veaux, vaches, cochons... et 46 % des abattoirs de volailles et de lapins sont hors la loi au regard des normes d’hygiène européennes.
Fâcheux quand on sait que la moindre entorse aux règles d’hygiène peut transformer un morceau de viande en bombe biologique. Il y a un mois, Carrefour et Monoprix ont ainsi dû rappeler plus de 2,5 tonnes de steaks hachés qui avaient été contaminés dans un abattoir par l’ Escherichia coli , une bactérie d’origine fécale. Il suffit d’un mauvais geste lors de l’éviscération de l’animal pour que ce germe, vecteur de gastro-entérites et de graves infections rénales, souille la viande. Deux autres ennemis bactériens sont en embuscade : Campylobacter , qui refile des gastro-entérites carabinées, et Salmonella , la bactérie responsable des fameuses salmonelloses. Outre les intestins, l’autre cheval de Troie sont les plumes ou les poils souillés. Selon l’Institut de l’élevage, un quart des bovins entrant dans les abattoirs sont couverts de boue et de bouses. " Je ne vous rappelerai pas les récents incidents de la viande de cheval et de la contamination chez Ikéa pour vous prouver que rien n'a vraiment changé...
Un autre problème qui se pose est que les conditions d'élevage obligent les éleveurs à médicamenter les animaux. En effet, les bêtes sont entassées dans des hangars sans lumière et sans espace pour circuler, ce qui provoque des atrophies musculaires et dans le cas de maladies, une contagion énorme. Pour remédier à ces problèmes, les "éleveurs" donnent aux animaux des doses massives d'antibiotiques de façon préventive. Ces antibiotiques se retrouvent invariablement dans nos assiettes et contribuent à rendre nos corps plus résistants aux antibiotiques dont nous avons réellement besoin. Enfin, il y a la question des hormones de croissance, qui causeraient des problèmes hormonaux chez les humains et dont on est pas très surs des effets à long terme. Pour l'instant, celles-ci sont interdites d'utilisation par la communauté européenne et les pays importateurs doivent se tenir à cette interdiction, mais les pays les utilisant font un forcing énorme pour contourner cette interdiction et ils pourraient bien à terme gagner la bataille.
Enfin, il y a le problème écologique. L'élevage d'animaux pour la production de viande est d'une part extrèmement gourmand en ressources mais également extrèmement polluant.

L'élevage du bétail demande une surface de terre énorme comparée à la culture des légumes et céréales. Il faut savoir que 33% des terres cultivables de la planète sont utilisées à produire l’alimentation des animaux d’élevage ; 26% de la surface des terres émergées non couvertes par les glaces est employée pour le pâturage. Au total, ce sont 70% des terres à usage agricole qui, directement ou indirectement, sont consacrées à l’élevage et 35,5% du volume des céréales produites dans le monde qui servent à nourrir les animaux d’élevage [source: www.viande.info]. Quand on sait qu'il y a 925 millions de personnes malnourries dans le monde, on constate qu'il y a un problème. On notera également que si on les nourrit avec des céréales, les animaus ingèrent en moyenne 7 kcal pour en restituer une sous forme de viande (3 kcal pour les poulets, 16 kcal pour les bovins). C'est pour le moins contreproductif....
En ce qui concerne l'eau, c'est tout aussi alarmant, mais je crois que souvent un schéma vaut bien un long discours :

Enfin si l'on considère la production de la viande depuis l'élevage jusqu'à l'arrivée du steack dans nos assiettes, l'industrie de la viande est la plus grande source sectorielle de pollution de l'eau : principalement les déchets animaux, les antibiotiques, les hormones, les produits chimiques des tanneries, les engrais et les pesticides utilisés pour les cultures fourragères.
Voilà donc un joli panel de raisons qui me poussent à ne plus manger de viande quotidiennement, et surtout à éviter la viande produite industriellement, au profit de la viande bio ou au moins Label Rouge ou fermière.
Sans affirmer que nous devrions tous devenir végétariens demain (quoique), je pense qu'il serait bon de revoir notre consommation de viande à la baisse et de réfléchir aux moyens de production de ladite viande. Il existe un mouvement qui commence à se développer, le meatless Monday en anglais ou Jeudi Veggie en France qui encourage à ne pas manger de viande un jour par semaine, pour toutes les raisons que j'ai citées précédemment. L'initiative a même été suivie par certaines écoles dans l'état de NY dans certains autres états, dont la Californie, et les écoles de Bordeaux proposent un menu végétarien une fois par mois, alors pouquoi pas vous ? ;-)
Voilà, finie la propagande pour aujourd'hui, mais je vous prépare très vite la suite... Au prochain numéro, les pesticides et les OGMs... Miam !!
PS: en attendant la suite, si certains veulent en savoir plus, le vous recommande les films suivants :
- Nos enfants nous accuseront
- Food, Inc,
- Forks over knives
- Fast food Nation
- We feed the world
Ca c'est juste pour commencer...























